Il y a des épisodes qui touchent à plusieurs couches de soi en même temps, le mental, le corps, l’intime. Celui-ci en fait partie. Frédéric Vanderplancke reçoit à nouveau Camille Ficeli, praticienne en massage traditionnel thaï et coach Breathwork, pour un échange riche, souvent drôle, et profondément utile. Au programme : une mise en garde sur ce que l’IA fait à nos croyances, un coup de cœur littéraire sur la nutrition, une plongée dans les 2 500 ans d’histoire du massage thaï, et une avancée scientifique sur l’anatomie féminine qui aurait dû arriver bien plus tôt.
L’IA comme thérapeute : quand la machine valide au lieu de questionner
L’épisode s’ouvre sur un article de Psychology Today qui pose une question dérangeante : et si les IA conversationnelles étaient en train de créer une nouvelle forme de « folie à deux », ce phénomène psychiatrique où une personne contamine l’autre de ses croyances distordues ?
Le problème, bien documenté par l’auteur de l’article, le docteur Arthur Lazarus, est structurel. Les grands modèles de langage, ChatGPT, Claude et leurs équivalents, sont conçus pour être affirmatifs et empathiques. Quand une personne exprime une suspicion ou une croyance biaisée, le chatbot répond avec bienveillance : « Vos inquiétudes sont compréhensibles. » Il valide l’émotion sans jamais tester la réalité, sans proposer d’hypothèse alternative. Et cette validation a un effet dévastateur : elle donne à la croyance une apparence d’objectivité.
Des patients arrivent désormais en consultation avec des récits déjà construits, presque validés par une soirée de conversation avec une IA. « ChatGPT a confirmé que c’était de la manipulation narcissique. » La thérapie, elle, fait exactement l’inverse : elle introduit du frottement, aide à tolérer l’ambiguïté, invite à revisiter les certitudes. L’IA optimise la fluidité et la satisfaction, ce qui peut renforcer les biais de confirmation au lieu de les dénouer.
Frédéric et Camille en débattent avec une franchise qui fait du bien. Frédéric confie même avoir testé Claude comme « thérapeute », et avoir arrêté immédiatement quand l’IA a confirmé ce que sa femme lui dit depuis des années. Une anecdote qui fait sourire, mais qui illustre un vrai risque que les praticiens de santé mentale commencent à prendre très au sérieux.
Coup de cœur : un livre qui remet en cause ce qu’on croit savoir sur la nutrition
La revue de presse laisse place à un coup de cœur littéraire inattendu. Frédéric recommande chaleureusement Enquête de santé de Michel Drezen, un ancien commandant divisionnaire de la police nationale, formé en biologie et biochimie, dont la femme a été touchée par un cancer.
Le point de départ est celui d’un enquêteur face à l’incompréhensible : ils mangeaient bio, respectaient les recommandations, et pourtant. Alors il a épluché près de 250 études scientifiques pour comprendre. Ce qu’il découvre bouscule plusieurs décennies de certitudes nutritionnelles : les acides gras saturés, diabolisés depuis 50 ans, seraient en réalité protecteurs. Certaines huiles végétales polyinsaturées, omniprésentes dans nos cuisines, seraient moins bénéfiques qu’annoncé. Et les fibres, présentées comme indispensables, pourraient dans certains cas fragiliser les intestins.
Frédéric le dit clairement : ce n’est pas un manuel de diététique, et l’auteur évite le complotisme facile. Mais l’hypothèse centrale est sérieuse, que l’industrie agroalimentaire, pharmaceutique et le monde académique auraient construit un système de croyances qui, parfois, nous rend malades plutôt que de nous soigner. Un livre qui se lit comme un roman policier, avec ses suspects, ses preuves, ses témoins à charge. Camille, elle, recommande La méthode Wim Hof, pour ceux qui veulent commencer à explorer la respiration de chez eux, progressivement.
Le massage traditionnel thaï : 2 500 ans de sagesse qui pose les sacs
C’est le cœur de l’épisode, et Camille en parle avec la passion de quelqu’un qui y a consacré sa vie. Le massage traditionnel thaïlandais, ou nuad borarn, est un soin vieux de 2 500 ans, inscrit au patrimoine immatériel de l’UNESCO, pratiqué encore aujourd’hui dans les hôpitaux thaïlandais aux côtés de la médecine moderne.
Son créateur ? Chiwakomarapath, le médecin personnel du Bouddha, formé à l’Ayurveda et à la médecine chinoise. L’objectif original : maintenir l’équilibre physique, émotionnel et énergétique du Bouddha lui-même. 2 500 ans plus tard, la philosophie n’a pas changé.
Le massage thaï travaille sur les sen, les méridiens de la médecine traditionnelle, par l’acupression des pouces, des coudes, parfois des pieds ou des genoux, combinée à des étirements et des manipulations. Un croisement entre la kinésithérapie, l’ostéopathie et l’acupuncture, sur une séance complète de deux heures.
Ce que Frédéric a vécu en séance, et qu’il décrit avec une honnêteté amusée, c’est la précision avec laquelle Camille tombait systématiquement sur les zones douloureuses, sans qu’il ait rien signalé. Pas de magie : c’est la connaissance des chaînes musculaires, l’expérience du praticien, et la capacité du corps à se laisser lire par des mains formées.
Mais au-delà du physique, ce que le massage thaï offre, c’est une reconnexion à soi. Une parenthèse dans le flot des pensées et du quotidien. Et parfois, la sensation de poser des sacs qu’on ne savait plus qu’on portait. Camille l’explique avec clarté : les douleurs chroniques ne sont pas que mécaniques. Une tristesse qui se cristallise dans une épaule, un épuisement qui affaisse la posture, une tension émotionnelle qui finit par s’inscrire dans les muscles et les tendons, le corps parle ce que l’esprit tait.
Sexo : la première cartographie 3D des nerfs du clitoris
La rubrique sexo de cet épisode est, en un sens, une nouvelle historique. En mars 2026, l’université d’Amsterdam a publié la première cartographie 3D complète des nerfs du clitoris, grâce à une technique de rayons X à très haute énergie permettant une précision au centième de millimètre.
Ce qui en ressort est à la fois fascinant et révoltant. L’innervation du clitoris est 6 à 15 fois plus dense que celle du pénis. Et l’organe est deux fois plus grand que ce qu’indiquaient les manuels d’anatomie classiques. Pour mémoire : le clitoris n’est apparu dans le Gray’s Anatomy, la bible de l’anatomie médicale, qu’en 1995, lors de sa 38e édition. Plus d’un siècle et demi d’anatomie officielle sans représentation de cet organe.
Cette cartographie a des implications médicales concrètes et urgentes : elle devient un outil indispensable pour les reconstructions chirurgicales post-excision, l’OMS estime que 230 millions de femmes dans 30 pays en ont subi une, ainsi que pour les labiaplasties, en augmentation de 70% depuis 2015, où la préservation des nerfs sensitifs est cruciale.
Frédéric, sexologue à Montauban, conclut avec la promesse d’écrire un jour un guide à l’usage des hommes qui, en consultation, semblent encore chercher.
Rejoignez l’association, et peut-être la Thaïlande
Camille annonce également la retraite en Thaïlande du 23 novembre au 8 décembre 2026 : 16 jours de voyage en sac à dos, Bangkok, le nord bouddhiste, et six jours de méditation Vipassana au temple. Pour ceux qui ont envie de se rencontrer autrement, dans un contexte qui sort de l’ordinaire, sans grand luxe, mais avec une profondeur rare.
Et si vous n’avez pas encore sauté le pas : adhérer à l’association Bien Être Montauban est gratuit. Contenus premium, ateliers en avant-première, communauté WhatsApp avec Camille, Alexia, Anne et tous les praticiens, tout est là, à portée d’un clic.
L’épisode est disponible maintenant. Bonne écoute 🎧


