Association Bien-être Montauban

Quand le plaisir disparaît : ce qu’un sexologue peut vraiment changer

Sexologue Montauban- Quand le plaisir disparaît

Il y a des silences dans la vie intime qui pèsent lourd. Celui de se retrouver dans les bras de quelqu’un ,  ou seul·e ,  et de ne rien ressentir. Pas d’excitation, pas de frisson, parfois même pas l’ombre d’une envie. L’absence de plaisir sexuel est une réalité que beaucoup traversent, souvent dans une solitude teintée de honte ou d’incompréhension. « Je ne suis pas normal·e », « Il y a quelque chose qui cloche en moi », « Mon partenaire va finir par partir » ,  ces pensées tournent en boucle, mais elles restent rarement dites à voix haute.

Pourtant, cette expérience est loin d’être rare. Elle peut survenir à n’importe quel moment de la vie : après un accouchement, en période de stress intense, à la suite d’un traumatisme, ou simplement au fil des années passées avec le même partenaire. Elle touche toutes les orientations sexuelles, tous les genres, tous les âges. Et surtout, elle n’est pas une fatalité.

Comprendre ce qui se joue ,  physiologiquement, psychologiquement, relationnellement ,  est le premier pas. Le deuxième, c’est d’oser en parler à un professionnel.

Qu’entend-on vraiment par « absence de plaisir sexuel » ?

L’absence de plaisir sexuel est une réalité clinique complexe qui recouvre plusieurs réalités distinctes. Il peut s’agir d’une anorgasmie ,  l’impossibilité d’atteindre l’orgasme malgré une stimulation adéquate , d’une absence d’excitation subjective, c’est-à-dire que le corps peut répondre physiologiquement sans que la personne ne ressente quoi que ce soit, ou encore d’une indifférence totale à toute stimulation sexuelle.

Dans la nomenclature diagnostique contemporaine, le DSM-5 distingue notamment le trouble de l’intérêt et de l’excitation sexuelle chez la femme, et le trouble de l’orgasme féminin. Chez l’homme, l’anéjaculation ou l’absence de plaisir éjaculatoire sont également documentées. Mais au-delà des étiquettes diagnostiques, ce qui compte cliniquement, c’est la souffrance ressentie par la personne et son impact sur la qualité de vie.

Il est essentiel de distinguer deux grandes formes : l’absence de plaisir primaire, présente depuis les premières expériences sexuelles, et l’absence secondaire, qui apparaît après une période de fonctionnement satisfaisant. Cette distinction oriente considérablement la prise en charge.

Le plaisir n’est pas qu’une affaire de corps

Le plaisir sexuel est une construction neurobiologique, psychologique et relationnelle. Il mobilise le système limbique, les circuits dopaminergiques de la récompense, mais aussi l’histoire personnelle, les apprentissages précoces et la qualité du lien avec l’autre. Rosemary Basson, chercheuse canadienne dont les travaux ont renouvelé la compréhension de la sexualité féminine, a montré que pour de nombreuses femmes, le désir n’est pas spontané mais réactif : il émerge en réponse à une stimulation suffisamment sécurisante, et non comme un élan initial. Cette perspective remet en question le modèle linéaire classique (désir → excitation → orgasme) hérité de Masters & Johnson, et invite à penser le plaisir autrement.

Quelles sont les causes de l’absence de plaisir ?

Les facteurs sont rarement isolés. Ils s’entremêlent souvent en une constellation propre à chaque personne.

Les causes psychologiques et émotionnelles

Le stress chronique, l’anxiété de performance, une image de soi négative, des antécédents de violences sexuelles ou d’expériences humiliantes : autant de dimensions qui peuvent bloquer l’accès au plaisir. L’hypervigilance ,  cet état de surveillance intérieure constant qui empêche de « lâcher prise » ,  est l’un des mécanismes les plus fréquemment observés en consultation sexologique. La personne est présente physiquement, mais mentalement spectatrice d’elle-même, incapable de s’abandonner à la sensation.

Les troubles dépressifs et anxieux ont également un impact direct sur la libido et la capacité à ressentir du plaisir. Ce lien est bidirectionnel : l’absence de plaisir peut aggraver une dépression, et la dépression réduit l’accès au plaisir.

Les causes relationnelles et contextuelles

La dynamique de couple joue un rôle central. Une communication défaillante, des ressentiments accumulés, une asymétrie dans les désirs ou dans le rapport au corps de l’autre peuvent progressivement éteindre le plaisir. Ce n’est pas nécessairement signe d’une incompatibilité fondamentale ,  c’est souvent le reflet d’une communication sur l’intimité qui n’a jamais vraiment eu lieu.

Les transitions de vie ,  naissance d’un enfant, ménopause, andropause, deuil, maladie chronique ,  peuvent aussi modifier profondément le rapport au plaisir. Ces moments charnières méritent une attention particulière, car ils sont souvent vécus comme des ruptures sans que les personnes concernées sachent vers qui se tourner.

Les causes organiques et iatrogènes

Certains traitements médicamenteux, en particulier les antidépresseurs de type ISRS (inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine), sont connus pour réduire significativement la réponse sexuelle. Les contraceptifs hormonaux peuvent, chez certaines femmes, diminuer la sensibilité génitale ou la lubrification. Les pathologies cardiovasculaires, diabétiques ou neurologiques interfèrent également avec les mécanismes du plaisir.

C’est pourquoi une évaluation sérieuse de l’absence de plaisir sexuel passe toujours par une anamnèse complète, incluant le volet médical ,  sans pour autant y réduire la problématique.

L’absence de plaisir touche-t-elle tout le monde de la même façon ?

Non, et c’est une nuance importante. Les études épidémiologiques montrent que les troubles du plaisir et de l’orgasme sont plus fréquemment rapportés par les femmes ,  entre 20 et 40 % selon les études et les définitions retenues (OMS, 2010) ,  mais les hommes ne sont pas épargnés. L’anorgasmie masculine, longtemps sous-diagnostiquée car éclipsée par les problématiques érectiles ou éjaculatoires, est pourtant une réalité clinique à part entière.

Les personnes LGBTQI+ font face à des enjeux supplémentaires : l’intériorisation de normes sexuelles hétérocentrées, les expériences de discrimination ou de honte identitaire, peuvent s’ajouter aux causes classiques de l’absence de plaisir. Une prise en charge affirmative et non hétéronormative est alors essentielle.

Chez les personnes plus âgées, la modification du plaisir sexuel est souvent banalisée à tort comme une conséquence inévitable du vieillissement. Si les paramètres changent ,  temps d’excitation plus long, orgasmes moins intenses , , la capacité à ressentir du plaisir ne disparaît pas avec l’âge. Elle évolue, et peut être réinventée.

Quand consulter un sexologue pour une absence de plaisir ?

Dès lors que l’absence de plaisir génère de la souffrance ,  qu’elle soit personnelle, relationnelle, ou les deux , ,une consultation avec un sexologue est pertinente. Il n’est pas nécessaire d’attendre que la situation soit « grave » ou « bloquée depuis des années ». Consulter tôt, c’est souvent éviter que les difficultés ne s’installent dans la durée et ne s’aggravent.

Le sexologue clinicien n’est ni un médecin qui prescrit, ni un coach qui donne des recettes. Son rôle est d’accompagner la personne ,  ou le couple ,  dans une exploration structurée de ce qui se joue, en mobilisant des outils issus des thérapies cognitivo-comportementales, des approches systémiques et de la psychologie clinique. Le travail peut porter sur la représentation de son propre corps, la communication intime, la reconnexion à la sensorialité, ou encore l’exploration des freins inconscients au plaisir.

Les approches validées ,  comme les exercices de focalisation sensorielle issus des travaux de Masters & Johnson, ou les protocoles d’activation du désir développés par Helen Singer Kaplan ,  sont adaptées à chaque situation et ne nécessitent pas de mises en scène ni d’injonctions à la performance. L’objectif n’est pas d’atteindre un orgasme à tout prix, mais de rétablir une relation apaisée à son propre plaisir.

Comment se déroule un suivi sexologique pour retrouver le plaisir ?

La première consultation est avant tout un espace d’écoute. Le praticien recueille l’histoire sexuelle et personnelle du patient, explore les représentations, les attentes, les contextes. Aucune prescription d’exercice n’est donnée lors de cette première séance.

Le suivi se construit ensuite de façon personnalisée, à un rythme adapté. Il peut inclure des consultations individuelles, des séances de couple lorsque la dimension relationnelle est centrale, et un travail entre les séances basé sur des exercices progressifs et non intrusifs. La durée varie : certaines personnes constatent des évolutions significatives en quelques séances, d’autres nécessitent un accompagnement plus long, notamment lorsqu’un vécu traumatique est en jeu.

L’absence de plaisir sexuel n’est ni une fatalité ni une anomalie. C’est un signal ,  parfois discret, parfois criant, que quelque chose dans l’équilibre intime mérite attention. Que ce soit le corps qui parle, l’histoire personnelle qui pèse, ou la relation qui s’est imperceptiblement refermée sur elle-même, il existe des chemins pour retrouver une intimité qui fait du bien.

Consulter un sexologue clinicien, c’est choisir d’être accompagné·e avec bienveillance et compétence, sans jugement ni pression. C’est se donner les moyens de comprendre ce qui se joue et de se réapproprier quelque chose d’essentiel : la capacité à ressentir.

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